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Un rire emplit la pièce.

Les volutes de fumée épaississent l'atmosphère. Ce rire est suivit par d'autres. Les larmes montent dans les yeux d'un des hommes, à force de rigoler. Il se passe toujours des choses dans ce village.

Pis, là, c'est Laochou qui parle. Laochou, c'est le fils du maire. Ça veut dire "le petit de l'oie" dans une vieille langue du pays.
Il en rate pas une celui-là.
Mais, pour une fois, c'est pas lui qui fait rire pour ses frasques. Non.
C'est celle du vieux, qui habite à la sortie du village. Il a une belle maison. Deux étages sa maison. Un beau jardin. Des poules, avec leur cabane au fond du dis jardin. Il a une femme aussi. Et des enfants. Mais eux, ça fait longtemps qu'ils sont plus là.
Pis Laochou, il raconte le vieux. Parce qu'il en a fait une.
Encore.
Vous savez, le vieux, il dort à l'étage. Il a une belle chambre. Dirigée plein sud. Elle devrait être toute remplie de soleil en après-midi.
Elle devrait...
Mais y a le chêne. Le foutu chêne qu'il gueule le vieux. Et qu'il jure qu'un jour, il va y couper. Il jure, il râle. Il est drôle le vieux.
C'est l'été.
Le vieux, il chasse.
Comme Laochou.

Tous les chasseurs ont une arme chez eux.
Normal.
Le vieux, elle est sous son lit.
Normal.
On sait jamais.

Il est étendu sur son lit. Il fait chaud. La respiration de sa femme le berce. Il va s'endormir. Il le sent.
Ça vient !
Et puis il se redresse en jurant.
Ça allait venir !
Bordel !

Il se saisit de son fusil. C'est la pleine lune remarque-t-il. Et ya des chouettes. Son fusil, il est chargé. Comme toujours. Il le prend, le pointe vers l'arbre. Vers la maudite chouette qui a osé le priver de son sommeil. Mais pas pour longtemps ! C'est un bon chasseur le vieux. Même la nuit.
Pan !
Bruit sourd.
Pof.
Sur le sol.
Héhéhé.
Il rigole.
Il l'a eu. Tant pis si sa femme c'est réveillée. L'autre est morte, ils vont pouvoir dormir. Il repose le fusil sous le lit. S'y rallonge. Espère dormir. Mais la chouette revient ! Comme la chanson "Mais le matou revint, le jour suivant... Mais le matou revint, il est toujours vivant !" Il se demande s'il l'a vraiment loupé. Il a entendu le bruit de la chute, et quand elle est tombée au sol. Satanée bestiole ! Il reprend son fusil, tire.
Pan !
Bruit sourd.
Pof.
Sur le sol.
Héhéhé.
Il rit jaune.
Et reviens-y pas eh ! Mais, cette fois-ci, il a même pas le temps de se recoucher. Un instant, il arrête de respirer. Calme toi. Calme toi. Ses mains se serrent autours de son fusil. D'un geste brusque, il l'ouvre. Il sort les cartouches usagées. En prend deux autres dans sa table de nuit. Referme le fusil. Ça fait un beau bruit comme il aime. Il se tourne vers la fenêtre. Il va l'avoir !
Pan !
Bruit sourd.
Pof.
Sur le sol.
Il ne rit pas. Il écoute. Plusieurs minutes. Rien !
Héhéhé.
Il pose le fusil sous le lit. Et il s'endort. Enfin.


Le lendemain, il va voir la chouette. Une sacrée bestiole. Trois coups de fusil. Héhéhé... Il rit, mais avec nervosité. Il se passe une main dans les cheveux. Nerveuse elle aussi. Sur son front, sur ses joues qu'il n'a pas rasé. Il soupir. Ya bien une chouette sous sa fenêtre. Mais ya aussi ses deux petits.
Et ça rigole dans le bar. Ah ça, le vieux, c'est un sacré tireur !

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Souvenirs - J'ai tiré, une fois, avec le fusil d'un chasseur. Sur un arbre. J'ai reculé. Ça m'a fait tout bizarre. J'étais contente d'avoir essayé. Et, quelques minutes après, je courrais après les leprechauns. Ils voulaient me voler une clochette. Et j'ai découvert une plume de corneille grâce à eux. Donc, bon... Tant pis pour la clochette. La plume, sur le coup, c'était vachement cool. Dans les cheveux, ça faisait l'indienne. Et mon cousin, c'était le visage pâle. On s'amuse avec rien quand on est jeune.