J’étais allée me promener en ville. Il faisait beau, pas trop chaud. J’avais regardé les vitrines des boutiques, les livres et les figurines du studio Ghibli. J’avais passé un bon moment, et je rentrais à présent chez moi, plutôt heureuse.

J’étais presque arrivée. Je marchais sur le trottoir. Quelques mètres à peine encore à faire et les escaliers qui menaient à la résidence où j’habitais seraient là.

Et puis j’ai vu une voiture se garer à côté de moi. J’ai regardé, plus par habitude que par curiosité. J’ai vu un visage se pencher pour me regarder. Un visage d’homme. Il avait un air sur le visage, l’air qu’ont les gens quand ils s’apprêtent à demander quelque chose. Alors je me suis arrêtée et tournée vers lui. Il devait sûrement juste vouloir que je lui indique le chemin. J’aime bien indiquer le chemin aux gens.

Il a souri en voyant que je ne bougeais plus, et il m’a salué.

Et il m’a effectivement demandé de lui indiquer le chemin. Pour un bar tabac proche. Je dois avouer que je ne sais pas répondre à cette question, même maintenant. Je connaissais quelques bars en centre-ville, mais pas dans le coin où j’habitais.

J’hésitais, je réfléchissais, et il avait toujours ce même petit sourire d’homme assuré au visage. Je lui ai donc dit que j’en connaissais juste en centre-ville, mais qu’il devait bien y en avoir dans les coins. C’est là que la situation est devenue étrange, enfin, étrange pour moi je veux dire.

Il m’a proposé de venir avec lui, de monter dans sa voiture et d’aller chercher en sa compagnie un bar tabac où il m’inviterait à boire avec lui.

Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou pas, je n’ai jamais été invitée comme ça par un homme. D’autant plus qu’il devait avoir le double de mon âge. Sur le coup, j’ai trouvé sa proposition à la fois flippante et amusante. En fait, je ne m’y attendais pas du tout et, comme je l’ai dit, je n’avais jamais été invitée comme ça par un homme. J’ai une confiance en moi assez basse aussi, ce qui fait que je me suis plutôt demandée s’il ne se moquait pas de moi.

Alors j’ai dit non en souriant, parce que j’ai vraiment pris son invitation pour une blague. Il m’a répondu que ça n’était pas grave, et nous sommes partis chacun de notre côté. Je n’en revenais pas, et qu’un homme m’ait invité, et qu’un homme m’ait abordé de cette manière. Et puis il était vraiment plus âgé que moi. J’avais à peine 20 ans, et je lui en donnais bien 40.

Je n’y ai pas particulièrement réfléchis en fait, ni sur le moment, ni plus tard.

Enfin si, plus tard.

Parce qu’en fait, il m’a de nouveau accosté, un mois plus tard, un matin où j’allais à la fac à pied.

Même façon de faire. Voiture qui s’arrête près de moi, vitre qui s’ouvre, homme qui se penche et qui me sourit. Le même homme que l’autre fois. Je l’ai reconnu tout de suite, mais lui n’a pas semblé se souvenir de moi.

Il m’a abordé de la même façon qu’un mois plus tôt, en me demandant si je savais où il pouvait trouver un bar tabac dans le coin. Il a attaqué beaucoup plus rapidement cette fois-ci, me demandant directement qu’on pourrait en profiter pour aller boire un verre ensemble.

Si, la première fois, cette situation m’avait amusée, il n’y avait à présent plus rien de drôle. Je n’aime pas trop l’idée d’être abordée ainsi, mais si ça n’est pas insistant, ça peut passer.

Par contre, qu’il ne se souvienne pas me l’avoir déjà demandé m’a donné l’impression que j’étais juste une fille comme une autre, qu’il avait déjà fait ça, qu’il le referait, ça m’a dérangé. J’ai eu l’impression d’être juste du bétail pour lui.