photos Cécile 005

Elle est là. Dès ton réveil, tu le sais. Tu le sens. C’est encore infime, à peine un début de… Mais tu le sais pourtant, tu le sens. Tu en as l’habitude, tu sais la reconnaître. C’est à peine plus fort qu’un murmure, et cela peut disparaître sans crier gare, comme si rien ne s’était passé. Mais, à d’autres moments, cela reste. Cela empire. Va-et-vient constant d’apaisement et de douleur.

Les jours qui passent ne font que te rendre lasse, car la fatigue s’installe. Tes mots se perdent, disparaissent. Que dire quand tu te renfermes en toi-même à cause de cette douleur, trop légère pour que tu la traites, mais qui s’éternise ?

Qui s’éternise…

Un jour, puis un autre, et cela devient semaine.

Un léger piquant à la base du cou. Un engourdissement. Comme si des doigts te tenaient la nuque en tenaille, et s’enfonçaient, s’enfonçaient.

Un coup à gauche, un coup à droite, un coup partout. Aucune suite logique dans cette danse douloureuse dont le parquet est ton cou. Et ton partenaire, qui danse sur ton corps, dans ton corps sans ta permission, pose une main sur ta nuque, avec force. Et tu as beau passer toi-même une main sur ta nuque, jamais tu ne sens cette main fantôme qui pourtant de fait tant de mal.

Tu ne sens que ta peau, douce et chaude, les os au travers.

Et pourtant, sa main est là.

Elle appuie. Encore et encore. Nulle position ne te permet de la faire partir, sa main. Tu as beau te tendre, te grandir, lever ta tête, étendre ta nuque, rentrer la tête dans les épaules, pencher la tête en arrière, faire des ronds, la mettre d’un côté, de l’autre, la main ne part pas.

Au contraire.

Elle reste, remonte même plus haut, à la base de ton crâne.

Et appuie, appuie, appuie…

Comme si elle voulait enfoncer les os de ton crâne à l’intérieur de toi.

Et puis, tout à coup, plus rien, comme si tu avais rêvé la douleur. Il ne reste plus rien, seulement une légère crispation. Tu ne peux te détendre car tu es dans l’attente du retour de la main. Et cette attente qui te fait de crisper te fatigue autant que la douleur. 

Et tes mots sont liés à ta douleur.

Ta façon de penser est liée à ta douleur. 

 

Il faudrait pourtant que tu sortes de toi...