Est-ce ainsi la famille ? Cet amour étrange, qui ne rime parfois à rien. Qui s’éteint l’espace d’un instant, d’une heure, d’une journée parce que l’autre enfant de la famille est présent. Comme si leur amour ne pouvait se partager, exister pour deux personnes à la fois, au même moment. Ou peut-être est-ce que cet amour dévie, passe de la fille de la famille à la belle-fille. Comme si elle devenait la fille de la famille, prenait la place de l’autre, la « vraie ».


Et tout un tas de questions suivent ces pensées. Est-ce à leurs yeux la fille idéale ? Celle qu’ils voudraient avoir ? Ouverte, aimable, souriante. Qui parle de tout et de rien. Qui a un travail, un travail stable. Et donc une paie à la fin du mois. Une gentille fille, jolie comme tout, qui prend soin d’elle. Et puis la copine du fils de la maison. Et rien que ça, ça semble la mettre sur un piédestal.


Alors il faut mettre les petits plats dans les grands. Aller les voir souvent. Prendre le temps de boire un petit apéritif, pour leur permettre de parler, parler, parler. Parler encore. Ils ont tant de choses à dire, et des choses qui comptent semble-t-il, qui faut leur créer un temps rien que pour eux. Où ils pourront parler à loisir. On ne sort les verres à apéritif qu’à ces occasions-là. Les autres trouveront bien comment parler, et puis, que peuvent-ils avoir à dire ? Ils ne travaillent pas.


Comme si avoir du travail était la seule façon d’avoir une chose à dire. Après tout, faire des études, c’est bien joli, mais à la fin du mois, ça ne ramène rien. « Ah, tu travailles ? » Et tu sens dans cette petite phrase une hypocrisie sans nom. Comme si tu ne faisais que t’amuser là-bas. Comme si ce que tu faisais n’était pas important.


Ou bien moins important que ce qu’ils font eux. Comme s’il fallait toujours comparer les choses entres elles. Voir lesquelles sont les mieux. Qui fait bien. Qui fait mal.


Et tu ne peux rien dire en leur présence, à moins que tu n’aimes quand les autres t’ignorent, parlent plus fort pour te couper la parole, ou te rabaisses en se moquent ou te faisant comprendre que tu dis n’importe quoi, quand bien même tu aies étudié la chose dont tu oses parler.
Alors tu te tais, tu gardes pour toi ce que tu aimerais pourtant dire. Tu ne réponds rien, même lorsque tu connais la réponse à l’une de leurs questions. Et tu te prends tout de même des réflexions. Parce que tu ne parles pas. Se rendent-ils compte de leur façon d’agir ? Qu’ils ne laissent aucune bonne façon de réagir.


Tu parles, tu es ignorée ou rabrouée.
Tu ne parles pas, tu es critiquée pour cette absence de mot.


Alors que faire, que dire dans ces circonstances ? Sûrement arrêter d’espérer quelque chose d’eux.