Ont-ils honte, mon bouffon, ont-ils honte d’agir ainsi ? Je pense que non, mon bouffon. S’ils pouvaient ressentir de la honte pour leurs actions, ils n’agiraient sans doute pas ainsi. Ils sont prétentieux, mon bouffon.

Prétentieux. Oh oui, si prétentieux. Et si imbu d’eux-mêmes. Persuadés d’être si beau que personne ne peut penser autrement. Que tout le monde doit avoir envie d’eux. Et ils ne peuvent pas comprendre qu’ils ne sont pas beaux aux yeux de tous. Que pour certains, ils ont le visage trop brut, qu’ils sont trop petits, trop chétifs.

Et puis, mon bouffon…. Et puis, ils ne peuvent pas se douter, oh non, ils ne peuvent vraiment pas se douter. Comment le pourraient-ils ? Comment comprendre, pour ces gens-là, qu’une personne physiquement belle peut devenir laide à cause de ce qu’elle est intérieurement ? Car c’est ainsi, quand tu es laid à l’intérieur, mon bouffon, cela apparait forcément, à un moment où à un autre. Et à ce moment-là… A ce moment-là, tu ne peux plus repartir en arrière. Tu ne peux plus voir la personne comme avant.

La mécanique est cassée, mon bouffon. Tu ne vois presque plus que ça, hein mon bouffon ? Cette horreur au fond d’eux… C’est comme si tu avais mis ces lunettes qui permettent de voir sous les habits des gens. Mais là, ce n’est pas un corps nu que tu vois, mais ce qu’il y a à l’intérieur.

Et ce n’est pas très beau, mon bouffon. Pas très beau du tout. Car tu vois…

Tu vois…

Leur prétention.

Leur fierté.

Leur colère, qui peut jaillir, pour tout, pour rien. Bien souvent pour si peu.

Leur besoin de possession.

Leur machisme.

Leur besoin d’être vu, d’être entendu. Ne surtout pas passer aux oubliettes.

 

Tu vois des hommes, qui sont capables d’exploser, de hurler, de parler fort, pour imposer leurs idées, leurs visions des choses. Parce qu’ils ont une vision d’eux-mêmes telle qu’ils ne peuvent pas accepter que les autres ne pensent pas ainsi. Que les autres les voient autrement que comme des hommes beaux, charismatiques, intéressant.

 

Et ils lèvent la main sur moi, mon bouffon. Ces hommes, mon bouffon. Ils font un grand geste de la main, oui mon bouffon. Un grand geste de la main, une amorce de coup, qui veut partir.

 

Et je les exècre, mon bouffon, je les exècre. Ces hommes prétentieux, qui ont peur des femmes. Car c’est cela, le problème, n’est-ce, pas mon bouffon ? Au fond, ils ont peur.