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C'était une première, en fin d'année passée. Goûter un panaché. Ça n'a rien d'extraordinaire en soi, ce n'est qu'un panaché. Pourtant, ce jour-là, c'était quelque chose.

La curiosité déjà, en voyant mon compagnon d'alors prendre une de ces petites bouteilles en verre. Curiosité partagée. Avais-je envie de goûter à mon tour ? Il m'en proposa un peu, dans un verre. Jusque-là, rien de particulier...

L'acte n'avait rien de particulier, le goût, mieux que je ne le pensais. Rien de bien extraordinaire...

 

Jusqu'à ce qu'il porte le goulot de la bouteille à ses lèvres.

C'était un acte normal en lui-même, avec cependant un petit côté érotique à mes yeux. Et c'est cette idée d'érotisme qui m'a donné envie de prendre une bouteille à mon tour. Parce qu'il me semblait que mon compagnon d'alors ne voyait pas encore ce que cette bouteille me faisait.

J'avais envie d'essayer à mon tour. De porter la bouteille à mes lèvres. De voir s'il allait réagir comme j'avais réagi en le voyant faire.

Au départ, il avait l'air un peu ailleurs, ne se rendant pas plus compte que ça de ce que je faisais. Certes, je buvais quelque chose de nouveau, mais je ne voulais pas qu'il s'occupe de ça. C'était peut-être un peu étonnant pour lui, que j'ose tester ça, mais je ne voulais pas qu'il se concentre là-dessus.

Il y avait plus important que cela, à mes yeux. Mais je ne savais pas comment le lui faire comprendre. Je voulais que les choses restent tout en légèreté. Ne rien dire clairement, ne pas dire que le moment m'avait l'air un brin coquin. Je n'aurais de toute façon pas osé dire les choses telles que je les voyais, car j'avais peur que cela casse l'ambiance, ou l'oblige à entrer dans ce jeu érotique que j'imaginais.

Je préférais qu'il entre de lui-même, ou qu'il n'entre pas, dans ce jeu. Tout en douceur.

 

C'était cependant sans compter sur ces petits moments qui font ce que je suis. Ces moments où mes mots sortent si rapidement que je n'ai pas vraiment le temps d'y penser, d'en voir toute la portée, la finalité. Sans compter donc, sur ces mots qui m'échappèrent, après avoir bu une première gorgée à la bouteille.

 

-J'aime bien boire au goulot, lui dis-je.

 

La phrase aurait pu être drôle, d'autant plus que nous savions, lui et moi, que je n'avais jamais bu ainsi, à même la bouteille. Oui, ça aurait pu être drôle, et changer l'ambiance de la pièce du tout au tout. Mais c'était sans compter mon regard, qui s'était plongé dans le sien.

Mon regard tenait le sien, presque avec force. Mes joues se mirent à chauffer, je ne doutais pas d'être en train de rougir, car je venais de comprendre le double sens que cette phrase pouvait avoir.

Et une petite lueur dans son regard me fit réaliser que je n'étais pas la seule à avoir compris le double sens...

 

Ainsi, j'avais aimé le panaché. Et la suite...

 

Quelque mois plus tard, notre histoire cessa. Une envie subite, au supermarché, me fit acheter du panaché. Souvenir de ce moment, ces journées passées ensemble, de tendresse, d'attention. D'amour.

Et puis...

J'ai bu, à même le goulot. Mais le goût n'était plus le même. Comment avait-il pu changer entre temps ? Le panaché d'ici n'était-il donc pas le même que celui de là-bas ? La déception a été grande.

Et, depuis, les bouteilles encore pleines trône sur le frigo, attendant je ne sais quoi.

Que quelqu'un les boive peut-être.