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Dans le silence de la pièce, que les sons des oiseaux ne viennent pas distraire. Lire à voix haute, essayer de trouver le bon ton, le bon rythme. Arriver à parler lentement, en articulant bien chaque mot, chaque syllabe. Essayer de retrouver le rythme voulu par l’auteur.

 

« Un coup de pied dans une porte, ça n’a l’air de rien mais ça dit la rage.
La rage et l’impuissance du langage. Quand les mots ne parviennent plus, c’est le corps qui martèle. »

 

Arriver à mettre un petit son dans la phrase, une musicalité peut-être, pour marquer le point d’exclamation qui finalise la phrase. Mais ce point est dur, bien plus dur que le point final. Bien plus dur que les points de suspension.
Car la voix sait trainer, se faire triste, se faire abrupt. Ma voix sait couler vers la fin d’une phrase qui demande du calme, de la douceur. Du chuchotement.
Mais le point d’exclamation… Il est plus dur à faire sortir. A faire comprendre à celui qui, par hasard, écouterait.
Le questionnement est plus aisé aussi, car déjà connu. Je sais questionner. Je pose des questions, trop pour certains. Des étranges. Des qu’on ne comprend pas, dont on ne voit pas l’intérêt, qui ne servent pas à grand-chose. Car, eh ! Quel intérêt de savoir ça, qu’est-ce que ça peut bien m’apporter ?
Mes questions sorties de nulle part comme il me dit.

 

« Quand plus personne ne nous appelle, est-ce qu’on est libre ? »

 

Il y a les liaisons aussi. Celles que je fais sans réfléchir. Celles que je ne devrais pas faire, rares celles-ci heureusement. Celles que j’oublies, que mes yeux voient, mais trop tard.

Et puis, il y a le temps que je prends à lire à voix haute. Un temps pendant lequel je ne fais que ça. Un temps où le reste attend, le reste est mis de côté. Où le reste n’est plus si important. Car lire à voix haute s’est prendre le temps d’apprécier sous la langue le déroulé des mots choisis par l’auteur.

 

« Pour lire, il faut accepter de ne rien faire. Ouvrir le temps à une page vierge et se foutre de tout le reste. »

 

Les entendre en moi et tout autour, dans le creux de mon oreille. En apprécier la texture, le savant dosage. Découvrir le texte avec plus de lenteur que si je lisais dans ma tête.
Lire à voix haute, c’est me rendre compte que je peux ralentir la cadence. Faire une chose à la fois, et pas tout un tas de petites choses en même temps. C’est prendre le temps d’apprécier une chose, et de voir à plus tard pour une autre. C’est comprendre que tout n’a pas à être fait là, maintenant, tout de suite.
C’est aussi l’envie de lire pour quelqu’un. De partager ses mots de papier – car je ne peux lire à voix haute qu’un livre de papier – avec un autre. Pour essayer de le faire entrer dans l’histoire, dans les mots. Lui faire découvrir un auteur, une phrase qui pourrait le toucher.

 

(Toutes les citations proviennent de : Présent ? - Jeanne Benameur.)