2014-09-13 14

Une vielle dame, là-bas, quelques vallons plus loin, disait, l’automne bien installé, que la terre, en cette période, était amoureuse. Amoureuse, car elle se collait à nos chaussures, les faisant peser de plus  en plus à mesure que nous avancions. Nous ressentions alors pleinement l’accroche de la terre, le poids qu’elle avait, et le nôtre également.

Dans mon cas, est-ce la terre qui m’aime, ou bien moi ? N’est-ce pas mon poids qui s’ancre en elle. Mon poids qui augmente, à chaque pas que je fais, me faisant m’enfoncer plus encore en elle. Je m’y accroche, je m’y enfonce, j’y plonge. J’y suis et j’y reste.

 

Je ne sais pas voler. Ou ne me le permets pas. Je reste ancrée sur le sol. Solidement ancrée. Par mon poids et le poids de mon âme. Par mon poids, le poids de mon âme et le poids de mes maux. Par mon poids, le poids de mon âme, le poids de mes maux et le poids des regardes que j’imagine sur moi. Plus encore, je reste ancrée solidement par le poids de mon propre regard sur moi.

Je m’ancre moi-même. Me ficelle à la terre. Je marche, me déplace, mais ne sais courir. Pourtant, je peux marcher rapidement, mais pas courir. Il me faut toujours une attache sur terre, même une. Mais pourquoi ce besoin ? Pourquoi ne pas essayer de sautiller, de se détacher du sol, quelques instants d’abord, puis plus souvent ensuite ? 

 

Il ne s’agit pas de vouloir quitter le sol, de s’en détourner ou de l’ignorer. Il s’agit plutôt de trouver la bonne mesure, le bon pas. Une certaine légèreté, tant en mon âme qu’en mon corps. J’aimerais savoir me faire légère. Avoir la sensation de l’être.

Car l’ancrage, avant d’être mental, vient du corps. Avant d’être représentation, il est physique. Je n’évoque pas l’ancrage culturel à un lieu, une terre. Pas l’ancrage terrestre, même si l’attraction y est pour quelque chose, d’une certaine façon.

 

Si j’allais sur la lune, la légèreté m’embaumerait. Mais je ne veux pas ce genre de légèreté, qui te fait presque quitter le sol. Plutôt un pas de danse, un air qui te prend et te donne envie de bouger. De fermer les yeux et d’ouvrir les bras. De te laisser emporter.

Ce genre de légèreté qui me manque et que je cherche. Ne plus rester simplement plaquée au sol, gênée de ce corps dont je ne sais que faire, qu’il me faut apprivoiser. Peut-on se donner à quelqu’un sans savoir se donner à soi-même ?

Et cette pudeur qui m’empêche la légèreté et la grâce à laquelle j’aspire, d’où vient-elle ? N’est-ce qu’une histoire de corps qui ne se sait pas, qui ne se veut pas ? Est-ce la faute à la normalité, qui empêche celui qui se voit autrement, qui est vu autrement, d’être, simplement ?

 

C’est un regard qui manque. Le mien peut-être. Un autre qui sait. Un tout alors ? Une acceptation, un recul. Un changement peut-être, assurément. Un changement de position, et des tentatives, pour tendre vers cette grâce, qui doit bien exister ici aussi. 

2014-09-13 14