C'est comme un bulldozer.
Il casse tout sur son passage. Il avance, tête baissée, ne regarde pas autour de lui. Il enfonce les murs, quand bien même la porte serait grande ouverte. Il ne cherche pas à s'intégrer. Il s'impose. Il nous ponctionne, il s'enracine, il s'invite. Il se colle à elle, sa « meuf ». Et parce que, dans son esprit, elle est à lui, elle ne peut pas avoir vécu avant lui.
Et il gueule, se fait remarquer.
Grande gueule.
Sanguin.
Il s'énerve pour rien. Pour tout. A toutes les sauces. A grand coup de phrases désagréables, faites pour blessées. Typique du mec qui veut contrôler la femme pour ne pas montrer qu'il ne sait pas se contrôler lui-même. Il « pète des câbles ».
Et pour ne pas qu'il s'énerve comme ça, il faut qu'on se taise, qu'on garde pour nous certaines choses, certaines phrases. Qu'on cache certains faits. Comme si c'était à nous d'apprendre à faire attention à ce que l'on dit, et pas à lui d'apprendre à gérer ses émotions.

Je me fiche qu'il soit sanguin. Je me fiche qu'il ait eu peur pour nous. Tout ce que je remarque, c'est qu'il n'a pas cru qu'on s'est fait poursuivre par des mecs en bagnoles. Tout ce que je vois, c'est qu'il s'énerve après elle, quand elle a besoin de soutien. Tout ce que je constate, c'est qu'il faudrait le rassurer lui, alors qu'il n'a rien eu, alors qu'il n'était pas là, alors qu'il était loin.
Et il ose nous regardé, petit sourire aux lèvres « alors les filles, il paraît que vous avez failli vous faire violer ? ». Et il nous nargue. S'amuse de ce que nous avons vécu.

Étrange paradoxe entre ce qu'il dit en face de nous, et ce qu'il semble montrer à sa « meuf ». Comme s'il ne pouvait pas se comporter normalement avec nous, devant nous. Comme s'il ne pouvait pas montrer son inquiétude.
Est-ce de l'orgueil ? Une trop grande fierté ?
Ou de la simple bêtise ?

Se rend-il compte de la mauvaise image qu'il donne de lui, aux amis de sa « meuf » ? A ces amis-là qu'il faudrait pourtant apprivoiser. Car être en conflit avec les amis de sa « meuf », c'est risquer de créer des problèmes, des tensions. Et ce n'est pas lui qui se retrouvera au milieu. Pas lui qui se retrouvera déchiré entre les deux, tiré entre les deux.
Ce n'est pas lui qui va le plus souffrir, si les choses se passent mal. Si le ras-le-bol qui monte explose.

Mais il ne semble pas s'en rendre compte. Ou bien s'en moque-t-il.

Et il gueule. Fait son kéké. »Tu mouilles vraiment pour rien. » Se la pète. Parle très fort. Marche d’un air de branleur. Rapporte tout au sexe, même lorsque les choses n’ont rien à voir avec. Pour se mettre à notre niveau dit-il. Et il faut l’écouter. « Ouah, comment il se fait dresser le petit ! »

Et là, et bien…
Ça ne passe plus.