Parfois, tu aurais juste envie de partir. Parce que fermer les yeux, regarder au loin, s’écarter un peu, ça n’est pas suffisant. Tu les entends toujours. Tu les devines encore. Ils se sentent obligés, semblent-ils, de se rappeler à toi. Comme s’ils ne pouvaient pas comprendre que quelqu’un puisse ne pas les apprécier. Et tu détestes cette façon qu’ils ont d’être, si persuadé de leur beauté, de leur intelligente. Avec une estime de soi si haute. Ils rigolent fort, parlent fort, sans respecter les gens autour d’eux. Et tu n’entends qu’eux. Comment faire autrement, comment faire pour ne pas les entendre, pour les ignorer ?

Tu ne supportes plus son rire à elle. Il te rappelle le rire de celles qu’on peut appeler des dindes. Un rire qui résonne pour rien, pour si peu. Pour vraiment pas grand-chose. Sûrement plus pour charmer l’homme que parce que la chose est réellement drôle.

Tu ne supportes plus de le voir lui. Quand il arrive, d’une démarche fière. Et tu sens une étrange fierté que tu ne comprends pas, dans cette démarche. Comme une envie d’être remarqué, que les autres sentent qu’il est là, qu’il n’est pas n’importe qui. Son sourire, un brin amusé, ironique, fier, et qui semble sans cesse se moquer de tout, et surtout des autres.

C’est un menteur. Un kéké. Un m’as-tu vu. Qui parle fort pour être sûr que les autres l’entendent, mais qui n’ose pas dire tout haut ses conneries non plus. Un menteur oui, qui ne comprend pas qu’il vaudrait mieux qu’il se taise s’il ne veut pas parler de lui, plutôt que de s’inventer une famille, un âge. C’est encore un gamin, qui s’amuse de bien peu. Et qui parle tant et plus de sexe, de manière dévalorisante pour la femme, qui n’est à ses yeux qu’un objet semble-t-il.

La femme, qui doit obligatoirement devenir mère, sans quoi elle n’est pas une vraie femme, elle est… Contre nature. Avec, selon ses propres mots, des problèmes dans son enfance qu’elle ferait mieux d’examiner. La femme, qui est reléguée à l’état de moins que rien quand il s’agit de sa mère. Qui doit se taire, servir l’enfant prodigue. Et les autres femmes devraient s’inspirer d’elle. Ne pas se la jouer bonhomme. Parce qu’une femme, s’est un être faible, qui a besoin d’un homme, d’un vrai, qui en a entre les jambes. Parce qu’une femme, elle doit savoir où est sa place. Parce qu’une femme doit être vierge et putain, savoir tout faire au lit, tout accepter, mais n’avoir connu personne avant.

Et tu as du mal, tellement de mal. C'est d'ailleurs comme s'il le savait, ou bien alors c'est simplement qu'il aime tellement faire en sorte que les gens sachent qu'il est là qu'il ne peut s'empêcher de se faire remarquer.

Tu te rends compte que tu n’en peux plus. Qu’auparavant, les choses étaient plus simples. Ou bien que tu supportais plus facilement. Ce doit être un trop plein. Trop de tout ça, trop de mec qui se sent fier, qui traite la femme comme un objet, trop de ce couple qui se touche sans cesse, se caresse sans cesse, même si tu es seule avec eux. Comme s’ils ne pouvaient pas s’en empêcher. Comme s’ils n’arrivaient pas à te respecter, à se dire que, pendant quelques minutes au moins, ils allaient essayer d’être moins centrés sur eux-mêmes. Mais cela leur est tellement, tellement difficile.

Cela frise l’irrespect. Ce qui n’est presque pas étonnant, quand on sait qui est l’homme du couple, quand on sait comment il se comporte avec les gens, tous les préjugés qu’il a.

Tu es simplement déçue qu’elle se comporte ainsi, elle aussi. Qu’elle ne se rende pas compte de son comportement, qu’elle ne cherche pas à le changer. Qu’elle se laisse tant faire par ce mec, qui dit sans qu’elle réagisse qu’il se taperait bien sa mère. Qu’elle se laisse traiter comme un chien.

Tout ça pour de l’amour.